David Barrois, un bénévole hors du commun

Moniteur de sport à la maison d’arrêt de Nice, David Barrois a enchaîné pendant 10 ans les courses de la région avec une équipe de bénévoles mêlant directeur de prison, surveillants, et détenus. Et c’est grâce au bénévolat qu’il organise désormais sa propre course.

Il y a des bénévoles pas comme les autres. David Barrois en fait partie. Cela fait une vingtaine d’années qu’il enchaîne les missions de bénévolat sur plusieurs courses dans les alentours de Nice. Prom’ Classic, Semi de Nice, marathon Nice-Cannes, UTCAM pour ne citer que les plus connues. David est un ancien sportif de haut niveau désormais moniteur de sport à la maison d’arrêt de Nice. Il a emmené pendant 10 ans des détenus sur les ravitaillements des courses du coin, dans le cadre d’une permission de sortie sportive. Certains détenus au comportement exemplaire étaient autorisés à sortir de la maison d’arrêt pour des missions de bénévolat. Un excellent moyen pour les responsabiliser. Et cela a créé des situations extraordinaires.

Mais il n’amenait pas que des détenus. Quand David arrivait sur une course, c’était avec sa team de bénévoles. En général, ils étaient une cinquantaine, avec plusieurs corps de métier d’un même établissement pénitentiaire. À eux seuls, ils géraient la totalité d’un gros ravito ! Les organisateurs ne pouvaient pas espérer mieux.

David a transmis cette fibre à ses enfants, qui se rendent désormais sur les courses de la région, et ça l’a même motivé à organiser sa propre épreuve, la Corrida de Saint-Paul de Vence (Alpes-Maritimes), un 8 km au coeur de ce merveilleux village médiéval, perché sur un rocher de l’arrière pays niçois.

Tour d'horizon des éléments les plus marquants de sa carrière de bénévole :

Un projet de cohésion de groupe

« Pendant 10 ans, de 2003 à 2013, j’ai amené des équipes complètes sur les ravitaillements. Et j’amenais généralement 5 ou 6 détenus de la maison d’arrêt de Nice. On leur montrait ce qu’étaient des missions de bénévolat et cela permettait de les responsabiliser. J’amenais également du personnel de prison, et on formait une équipe d’une cinquantaine de personnes. Il y avait un vrai mélange de personnalités. Directeurs adjoints, surveillants, détenus, famille… Pendant 10 ans, on se retrouvait sur toutes les courses de la région, c’était super. Les organisateurs savaient que j’arrivais avec une équipe complète et ça fonctionnait très bien. Aujourd’hui, je n’amène plus de détenus mais je continue avec le personnel de la maison d’arrêt. Cela rentre dans un projet de cohésion de groupe. C’est pour ça que le directeur est toujours favorable à ce type d’initiative. Ils nous donnent même des journées de repos car il sait que c’est utile pour tout le monde. Ces événements de bénévolat m’aident à mieux réussir mes missions professionnelles. »

Détenus et policiers main dans la main

« Sur le Semi de Nice, des détenus étaient signaleurs. Ils devaient s’occuper de faire traverser les piétons lorsqu’il y avait un trou dans la course. Il se trouvait qu’il y avait également des policiers municipaux à cet endroit, et pendant 3h, policiers et détenus ont bossé ensemble. Ils se sont même tenus la main à plusieurs reprises pour combler un espace sans barrière ! Il n’y a que le sport qui peut amener ce genre de situations. »

Une affaire de famille

« Depuis qu’ils ont 3 ans, mes enfants font des missions de bénévolat. Mon fils a aujourd’hui 14 ans et ma fille 17 ans, et ils continuent à faire du bénévolat sur les courses de la région. Je suis vraiment très fier d’avoir transmis ça à mes enfants. Ma fille gère les ravitos sur la Corrida de Saint-Paul de Vence, et mon fils a même pris le micro pour animer la course ! »

Le bénévolat, un élément déclencheur

« Les missions de bénévolat m’ont poussé à me lancer dans l’organisation. J’ai lancé la corrida de Saint-Paul de Vence (Alpes Maritimes), un 8 km entre Noël et le jour de l’an. C’est l’aboutissement de ma carrière de bénévole. D’autant plus que je ramène toute mon équipe et je leur donne plus de responsabilités. On fait un grand repas à la fin, ce sont des super moments. »

Une authenticité inégalable

« Le bénévolat, il n’y a que ça de vrai. Les gens sont là pour une bonne raison, et surtout car ils ont envie d’être là. Il n’y a pas d’histoire d’argent, et c’est pour ça que c’est génial. C’est une ambiance unique. Le bénévole est intéressé par l’épreuve et non pas par l’argent. Sur certains événements, ils recrutent des signaleurs via une agence d’interim, et ce n’est pas la même chose. D’une part car ils sont mélangés avec les bénévoles qui ne gagnent rien, et cela crée des situations délicates. Et d’autre part, ils n’ont pas la même envie. »

Les besoins en bénévoles augmentent

« Ça devient de plus en plus compliqué de trouver des bénévoles, car les besoins des organisateurs augmentent. C’est pour ça que la plateforme MAIF Sport Bénévoles est une super initiative. Les bénévoles les plus recherchés sont les signaleurs, qui doivent être postés aux angles du parcours pour empêcher les véhicules de pénétrer. Ces missions de bénévolat sont indispensables ! C’est la préfecture qui impose un certain nombre de signaleurs pour assurer la sécurité de la course. »

Des règles à respecter

« Il faut faire attention avec les règles. Les coureurs en tête de course ont toujours des gourdes personnalisées, remplies de boisson de sport. Ce sont les bénévoles qui doivent leur donner la gourde, et il faut absolument accompagner le geste car les mecs arrivent à 20 km/h. Si le bénévole ne bouge pas, le coureur ne peut pas attraper la gourde. Sur le dernier marathon de Saint-Tropez, le coureur kenyan Lani Rutto, qui était en tête, n’a pas pu boire aux 4 premiers ravitos car il n’a pas réussi à attraper son bidon. Au 25e km, pareil. Il avait 3 minutes d’avance sur ses concurrents. Il commençait à faire bien chaud, et j’étais sur le scooter pour ouvrir la course avec quelques bidons de boissons de sport. Je lui en ai donc donné un. Sauf que le juge de course l’a remarqué. Il a voulu disqualifier le coureur. On a finalement réussi à négocier à l’arrivée et il a conservé sa victoire, car j’étais encore dans la zone de ravitaillement. Il faut donc faire très attention. À la fin, le coureur m’a remercié et m’a dit : “J’avais soif !”. »

Les boxeurs du 110 km

« Sur l’UTCAM, un trail de 150 km dans le Mercantour, on était au ravito du 110e km avec des détenus de la maison d’arrêt, on mettait une bonne ambiance. Ça a plu à tout le monde. Un mec a l’arrivée a parlé au micro pour dire : “ C’était sympa au 110e, il y avait un groupe de boxeurs ! ” Personne ne savait qui on était, et c’est vrai que certains détenus avaient des visages… peu communs ! On est resté comme le groupe de boxeurs du 110e. »

Comme David, si vous avez envie de vivre la grande aventure du bénévolat, inscrivez-vous dès maintenant à un événement près de chez vous.

Par Gabriel Duclos