Décrocher un emploi grâce au bénévolat

L'idée qu'un ingénieur aérospatial devienne en un jour organisateur référent des Jeux olympiques de Paris 2024 pourrait sembler farfelue. Pourtant, Jérémie a fait de ce qui était son rêve une réalité grâce à une expérience de bénévole qui a fait la différence sur son CV.

« C’était le 22 décembre 2008, je m’en souviens très bien. » Avec un certain sourire et une forme de spleen dans la voix, Jérémie se rappelle la date de son entretien au comité international olympique (CIO). Il avait déjà postulé deux ou trois fois avant ce jour sans succès : « À l’époque, j’étais ingénieur chez Thales, disons que mon profil n’était pas taillé pour la maison CIO » rigole le diplômé de CPE Lyon. Pourtant, s’il fête bientôt ses 10 ans de mariage professionnel avec les Jeux, c’est grâce à trois années de bénévolat sur l’événement le plus suivi au monde. En 2004 à Athènes, en 2006 à Turin puis en 2008 à Pékin, Jérémie y tient à peu près le même poste au village olympique. C’est là-bas qu’un des directeurs du CIO l’approche : « Ça fait trois fois que tu travailles avec nous, tu ne veux pas travailler pour nous ? » Ce changement de préposition dans la phrase est ce qui permet au bénévole de 25 ans à l’époque d’obtenir un entretien quelques mois après la fin de la 29e olympiade. « Il m’avait quand même précisé que c’était à moi de me vendre car rien n’était fait » ajoute le Français.

Depuis, s’il essaie de faire au moins un événement par an en tant que bénévole - en octobre il s’est rendu aux Jeux olympiques de la jeunesse à Buenos Aires - c’est pour être toujours sur le terrain. D’abord parce que l’effervescence lui manque. Mais aussi car « c’est en étant sur place et dans l’action qu’on se rend compte de comment fonctionnent les événements. C’est la seule manière. Et en plus il y a un facteur que j’appelle « Feel good » qui est exaltant. C’est pour ça qu’avec notre directeur des ressources humaines, on réfléchit à un moyen de pousser tous les salariés de Paris 2024 à faire du bénévolat à un moment ou un autre, sur du sportif ou non » conclut Jérémie.

De l’autre côté de la barrière

« On parle beaucoup de réseautage et l’exemple de Jérémie est parfait pour prouver que les opportunités sont accrues avec les rencontres que l’on fait » explique Morgane, consultante RH chez Deloitte. « Le bénévolat est un outil de réseau plus concret que Linkedin ou Viadeo. Pas forcément plus efficace mais plus réel. » Elle aussi a tenu des rôles de bénévoles pendant ses études. En organisant des événements sportifs pour une collecte en faveur d’enfants du Bénin ou en gérant la trésorerie de son association étudiante. « Si je parle de cette expérience de trésorerie c’est pour montrer que je sais gérer un budget et certains aspects financiers que je n’aurais jamais appris dans mon cursus scolaire. » C’est pour elle l’avantage premier du bénévolat : la variété des compétences. Surtout chez les jeunes qui n’ont que peu d’expérience professionnelle pour faire la différence. Si elle rappelle qu’aujourd’hui tous les recruteurs ne sont pas sensibles au bénévolat, cette ligne du CV a une grande marge de progression dans la valeur qu’elle apporte à un profil. « À condition que les travaux réalisés aient vraiment fourni des compétences. »

« Je dirais que c’est même plus véridique sur les petits événements, reprend Jérémie qui a aussi pris part aux championnats du monde d’aviron en 2015. On rencontre peut-être moins de monde mais en conséquence, il y a des échanges plus profonds. » Avant de terminer : « Dans les écoles, les cercles relationnels sont restreints au milieu dans lequel les élèves se sont lancés. S’engager dans des événements bénévoles est une bonne manière de découvrir de nouveaux milieux et de varier les relations. Il n’y a rien à perdre à essayer. »