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Histoires croisées de bénévoles

Des bénévoles qui font bouger le sport français, il en existe des dizaines de milliers. Pour comprendre ce qui les motive, nous sommes allés à leur rencontre.

Bénévoles

Ils sont dirigeants, encadrants ou viennent juste filer un coup de main une fois de temps en temps. Planqués derrière la table d’un stand de ravitaillement, au volant d’un minibus, ou affairés à organiser des rencontres sportives après leur journée de travail, ils sont bénévoles et sont le poumon du sport français qui sans eux ne pourrait pas vivre. En décembre 2017, le député François Ruffin rendait à la tribune de l’Assemblée Nationale un vibrant hommage à tous ces bénévoles qui « lavent, plient et rangent les maillots pour pas un rond », célébrant ce « don de soi dans une société où tout se marchande ». On peut se demander ce qui pousse ces millions de gens à s’impliquer. Élément de réponse avec trois d’entre eux.

Le déclic

L’envie de sauter le pas peut chatouiller les sportifs plus ou moins tôt et plus ou moins naturellement. Jean-Michel, footballeur basé dans l’Hérault, à côté de Montpellier, est tombé dedans dès 13 ans. « Un entraîneur m’a proposé de prendre en charge les tout petits, ça m’a plu tout de suite » rembobine le presque cinquantenaire, qui entraîne encore des gardiens du côté de Vendargues. C’est lui aussi par l’intermédiaire d’un membre de son club d’athlétisme, qu’Alexandre, étudiant strasbourgeois de 27 ans, est devenu meneur d’allure dans des semis et des marathons il y a 2 ans (celui qui court avec une pancarte indiquant un temps précis, qui permet aux coureurs de se situer dans le peloton). À Paris, Arthur est devenu bénévole dans son club de basket un peu par hasard et sur le tard, à 27 ans : « le Président de l’époque m’a sollicité pour aider sur la communication ».

Les motivations

« L’idée c’était de se rendre utile sur ce que je savais faire, de l’image, sauf qu’une fois que j’y ai pris goût, j’ai eu envie de faire plus », se souvient Arthur, qui est entre temps devenu secrétaire général du Basket Paris 14 et dont l’implication a été crescendo. Jean-Michel a lui été intéressé par la transmission à des plus jeunes, « commencer tout en bas, apprendre la base du foot à des gamins de 5 ans, puis monter petit à petit c’est passionnant ». Pour Alexandre, au départ, faire le meneur d’allure sur un semi était juste une sortie de plus dans sa préparation. « L’occasion d’une sortie longue, de repérer un parcours ou d’apprendre à travailler son rythme, mais rapidement il y a eu plus, c’est une expérience vraiment intéressante » explique celui qui court le marathon en 2h37.

L’articulation entre son implication et la vie quotidienne

Pour Jean-Michel, facteur à la ville, l’équation est assez simple : « j’ai la chance de bosser tôt le matin, donc je suis libre tôt l’après-midi et j’ai du temps pour moi » glisse-t-il. Etudiant en master de marketing et gestion du sport, Alexandre intervient depuis deux ans environ sur des courses qui se tiennent la plupart du temps le week-end. Arthur est directeur artistique dans une agence : « je suis assez libre, je pouvais intégrer mes projets entre deux tâches pour le travail » raconte-t-il. Cette flexibilité lui a permis de faire grandir ses projets et de s’entourer d’autres bénévoles. « Aujourd’hui, j’ai voulu sortir du côté bricolage pour essayer de faire grandir le club, ça rajoute du boulot et je passe presque autant de temps à travailler pour mon club que pour mon vrai job, donc je cherche des relais, je sollicite d’autres personnes pour m’aider ». Si l’on souhaite s’impliquer dans du bénévolat sportif, le champ des possibilités est assez large pour trouver chaussure à son pied et ajuster à sa disponibilité.

Le jeu en vaut la chandelle.

L’aventure du bénévolat est parfois jalonnée d‘objectifs, parfois atteints. « J’ai un paquet de beaux souvenirs, des montées, des exploits, des trophées… » se remémore Jean-Michel. Mais l’essentiel est souvent ailleurs. « Quand je me suis impliqué, je suis arrivé par le côté compétition, avoir de beaux maillots, gagner des matchs, mais j’ai découvert un autre pan, la satisfaction d’intervenir avec des jeunes et des ados, c’est super fort ! » assure Arthur. Jean Michel abonde : « Je fais ça depuis 36 ans, j’ai tissé des liens avec tellement de jeunes, certains que j’ai connus tout petits et que je vois encore aujourd’hui ; la convivialité, la vie de groupe, c’est unique ». « Le rapport humain est super fort entre les joueurs, les coachs, les parents, quand tu vois des gens contents sur un événement, c’est jouissif », ajoute Arthur. Ce rôle de passeur, de transmission est au cœur du bénévolat. Le sport est une petite capsule qui décuple les émotions et permet de tisser de vrais liens. Y compris dans un sport souvent perçu comme « individuel » tel que la course à pied. Ceux qui ont foulé un peloton de marathon ou de semi savent sans doute que la solidarité est de mise. « Dans un peloton on découvre un autre rapport au sport que celui que je peux côtoyer dans mon quotidien d’athlète, on voit les gens prendre du plaisir, s’arracher. Sur le papier, je dois juste donner l’allure, mais on se prend au jeu, on rassure les gens avant, on leur explique dans le peloton, on encourage ceux qui ont un coup de moins bien. Après la course, les gens nous remercient, ils veulent faire une photo. C’est même arrivé que certains prennent nos adresses et on reçoit des fleurs. ».