Marvejols-Mende : bénévole depuis 1973

Jean-Claude Moulin vadrouille dans le monde de la course depuis plus de 55 ans. Mais plus que la course aux chronos, il en a signés quelques-uns dans sa jeunesse, c’est son engagement bénévole dans l’organisation de courses qui l’a érigé en figure de la course à pied en France. Et notamment la plus connue, la mythique Marvejols - Mende.

L’histoire de Jean-Claude Moulin est inextricablement liée à celle de Marvejols - Mende. Le Lozérois est un mordu de course à pied : il vient de récupérer sa 57ème licence, à 68 ans. Faites le calcul, ça fait quelques paires de baskets usées sur les routes et les chemins de France et de Navarre. « Dans ma jeunesse, avec les copains, on participait à toutes les courses, jusqu’à 100 par an les meilleures années, parfois plusieurs dans le même week-end » se marre-t-il. Ces copains, ce sont ceux du club de l’Eveil Mendois, dont Jean-Claude est ensuite devenu président bénévole. Non contents de prendre le départ de toutes les courses qui croisaient leur chemin, les quatre larrons se sont lancés un défi à l’hiver 1972 : mettre sur pied une course longue sur un terrain qu’ils connaissent bien, les alentours de Mende. Jean Claude n’en est pas à son coup d’essai : depuis 4 ans, il organise une course de type corrida (plusieurs tours dans une ville), Le prix de la Paix, dans le centre de la ville.

« Il faut se souvenir qu’à cette époque il n’y avait qu’un marathon en France, et à côté des courses assez courtes, nous ce qu’on voulait c’était une course plus longue, plus difficile, la plus ouverte possible » rembobine Jean-Claude. En évitant le maillage de la route nationale, ils se mettent d’accord sur un parcours qu’ils testent tous les quatre le jour de Noël 1972. « On a réussi sans problème, donc on a validé ce tracé entre deux villes du département, qui n’a quasiment pas changé jusqu’à aujourd’hui », raconte l’organisateur. Le 22 juillet suivant, 153 coureurs et coureuses prenaient le départ du premier Marvejols - Mende. Et c’est là toute l’originalité de la course imaginée par Jean-Claude et ses amis : la course est ouverte aux non licenciés, c’est rare à l’époque, mais ce qui est carrément révolutionnaire, c’est qu’elle est ouverte aux femmes.« Le nombre d’inscrits et surtout d’inscrites grandissait chaque année. Les coureurs venaient passer un mois dans le midi, et avant ou après la course, ils participaient à d’autres courses dans la région », raconte le bénévole. Cette histoire donne une atmosphère particulière à cette course, qui perdure encore aujourd’hui. Sur les 40 bénévoles permanents qui organisent la course à l’année, seulement 6 ou 7 sont coureurs. « Une ambiance familiale », tranche Jean-Claude. Cette grande famille aura d’ailleurs l’occasion de démontrer l’étroitesse de ses liens quelques années après la création de la course, quand la fédération, échaudée par le succès de ce rendez-vous en dehors des clous, tentera de faire pression sur Jean-Claude Moulin. Cette réputation de village Gaulois, le bénévole acharné y voit un clin d’œil à la tradition contestataire chère à la Lozère. « Il y toujours eu beaucoup d’entraide », se réjouit celui qui parcourait la région d’une course à l’autre, armé de dossards, de chronos et d’un pistolet. « Souvent je courais aussi, une fois que tout était calé », se remémore-t-il.

Si le côté familial de Marvejols Mende a pu perdurer alors qu'aujourd'hui la course accueille près de 3000 participants chaque année, de 40 nationalités différentes, et notamment la crème de l’élite internationale, c’est notamment parce que Jean-Claude veille au grain. « Il y a des traditions qui ne changent pas : la course est exigeante, avec des tronçons à 14%, il y a encore deux tiers d’amateurs et surtout, tout le monde paye son repas d’après course » pose le bénévole, qui tient à maintenir cette proximité entre les amateurs et l’élite: « tant que j’y serai ce sera comme ça ». D’ailleurs la soirée d’après course y est particulièrement animée. « On en a marié des coureurs et des coureuses » sourit-il en connaissance de cause : il y a rencontré sa femme, une des premières participantes au début de l’aventure. « Chez nous on revient », résume le bénévole qui se réjouit de raconter que 5 survivants ont pris le départ des 46 éditions de Marvejols-Mende. « Et il y en a au moins une centaine qui ont 30, 40 éditions au compteur, c’est assez extraordinaire ». Chaque été, le kiné en chirurgie orthopédique de l'hôpital de Mende posait ses vacances en été pour s’occuper de ses courses. « C’est familial, ma femme et mes enfants ont suivi cette voie et c’est une grande satisfaction », explique celui qui organise encore plusieurs courses, cumule des responsabilités départementales, et a monté une harmonie. Le retraité est tout aussi fier d’avoir pu créer un emploi fixe de secrétaire qui travaille toute l’année, et de réunir près de 500 bénévoles sur le week end de la course mère. S’il ne court plus à cause d’une hanche récalcitrante, chaque année à Noël, il effectue son pèlerinage sur le Marvejols - Mende avec ceux qui veulent bien en être. « C’est un petit hommage à ce qu’on a fait, et il y a toujours du monde ». Aujourd’hui Jean-Claude Moulin se penche avec un enthousiasme intact sur sa vie de bénévole : « j’ai rencontré tellement de gens, j’ai voyagé, ce contact-là, cette richesse, je ne les aurais jamais connus sans la course à pied et le bénévolat ».